Le feuilleton de Catya !

Soeurs # 1

« Qui ne tente rien n’a rien »
1900, PARIS

Cherche nouveau rédacteur. Entretien avec directeur. Venir 3 rue de la Cassette, 5ème étage. Paris. Journal du soir.

Gabrielle relut bien attentivement la brève annonce. Elle restait devant l’immeuble sans se résoudre à y entrer. La jeune femme n’arrivait pas à se décider. Une partie d’elle, innovatrice, lui disait de le faire, qu’il ne fallait pas qu’elle ait peur de se présenter en tant que femme, et une autre, réaliste, lui demandait de rentrer chez elle et de se blottir dans son lit dur et inconfortable.
Il fallait bien qu’elle le fasse. Dans le pire des cas, elle se ferait rejeter. Et ? Qu’est-ce que cela lui ferait après tout ? A part être blessée dans son orgueil ? Rien, rien du tout.
Il fallait bien faire un choix… Gabrielle hésita longuement avant de prendre une décision. Même si ce choix n’était pas le plus sage, elle était sure d’elle. Qui ne tente rien n’a rien. Gabrielle ouvrit la porte et, prenant son courage à deux mains, gravit les marches unes à unes jusqu’à arriver à l’étage où le directeur du journal était censé lui accorder un entretien. Elle toqua discrètement à une porte où un écriteau était mis en évidence : « Monsieur le directeur ». Gabrielle eut un petit mouvement de recul lorsqu’un homme vint lui ouvrir la porte.
– « Bonjour monsieur, dit-elle en tendant l’annonce découpée du journal, je voudrais être engagée comme rédacteur au journal.
Il la regarda d’un air moqueur :
– Vous êtes très drôle mademoiselle mais monsieur sortez de votre cachette s’il vous plaît. Je n’ai pas le temps de rigoler, surtout avec des plaisanteries aussi ridicules !
Gabrielle déglutit et lui répondit, vexée :
– Il n’est pas écrit que le rédacteur doit être un homme et rien d’autre sur cette annonce !
– Cela me paraît évident, mademoiselle. Et il n’y a pas écrit non plus « rédacteur féminin », ni animal, n’est-ce pas ?
– Etes-vous le directeur ?
– Non, mais je suis son brillant secrétaire dont il ne peut plus se passer ! Quelles questions posez-vous ? Ce ne sont pas des questions de demoiselles. Vous feriez mieux de rester discrète si vous ne voulez pas vous attirer des ennuis.
– Laissez-moi passer, peut-être que le directeur sera plus féministe que vous ?
– J’en doute, mademoiselle.
– C’est bien ce que je disais, vous en savez strictement rien.
Le secrétaire, énervé par les répliques insolentes de la jeune femme lui répondit, d’un ton sec :
– N’essayez pas, vous allez être expulsée. S’il le faut j’appellerais des renforts, mais vous n’entrerez pas sans l’accord du directeur.
– Qu’en savez des opinions du directeur ? demanda Gabrielle, visiblement agacée.
– Ne me parlez pas sur ce ton à moins que vous ne vouliez sortir tout de suite et être affichée dans le prochain numéro du journal comme femme insolente et énervante ? Et que soyez à jamais sans mari riche et entrepreneur ?
– Oui, oui, s’empressa de répondre la jeune femme qui ne s’était pas rendu compte de l’ampleur de ses paroles.
– Maintenant, attendait que monsieur le directeur sorte et vous donne son accord.
Au bout d’une dizaine de minutes, l’homme s’impatienta :
– Puisqu’il n’est toujours pas là, allez-y, mais je vous préviens : vous vous ferez rejeter à coup sûr. N’espérez pas trop de ce travail, vous serez déçue, très déçue…

A suivre mercredi prochain…

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